Bernadette Soubirous et de Marie Thérèse Vauzou

Le pape Jean Paul II a célébré le 15 août à Lourdes le 150è anniversaire du dogme de l’Immaculée Conception de la Vierge Marie décrété par le pape Pie IX dans sa bulle Ineffabilis Deus le 8 décembre 1854.

En 1858, Bernadette Soubirous âgée de 14 ans, à l’âme aussi limpide que l’eau des torrents qui jaillissent de ses Pyrénées natales, voit apparaître la Vierge dans la grotte de Massabielle (17 fois de février à juillet 1858). Vient de commencer une histoire extraordinaire pour les chrétiens mais aussi pour les scientifiques et les historiens qu’ils soient athées ou croyants. La petite bourgade pyrénéenne allait devenir le plus grand centre de pèlerinage catholique de la planète après Rome, et la deuxième ville hôtelière de France.

La rencontre de Bernadette Soubirous et Marie Thérèse Vauzou (1)

Marie Thérèse Vauzou, née à Beauregard à Collonges le 10 août 1825, allait devenir la maîtresse des novices de Bernadette Soubirous et par la suite Mère supérieure des Sœurs de la Charité et de l’Instruction Chrétienne de Nevers. Une importante congrégation qui avait de nombreux établissements dans le Sud-Ouest, en Corrèze et à Lourdes. Marie Thérèse Vauzou a été baptisée à l’église de Collonges où ses parents habitaient avant d’entrer à l’école des Sœurs de Nevers à Meyssac où son père installa par la suite son étude de notaire. Maîtresse des novices de la congrégation à Nevers dès 1961, elle eut l’immense responsabilité de recevoir le 7 juillet 1866 une postulante qui désirait échapper, avec l’appui de la hiérarchie ecclésiastique, au vedettariat qui s’attachait à son nom dans sa ville natale qui devenait une ville de pèlerinage.

D’une forte personnalité, femme cultivée, consciente de sa responsabilité, Marie Thérèse Vauzou, sur les conseils de sa hiérarchie, appliqua à la nouvelle postulante les mêmes règles strictes d’obéissance et d’humilité propres à sa congrégation et aux critères religieux de son époque. Une attitude sévère que des romanciers (2) et des cinéastes du XXè siècle caricaturèrent en oubliant de se mettre dans le contexte social et religieux du siècle précédent.

« Il s’agissait pour elle de former aux vertus essentielles une jeune fille de bonne volonté mais intellectuellement peu douée, si ce n’est au niveau du bon sens, de la préserver du danger que constituait sa notoriété due au fait d’avoir été la confidente et la messagère de la Mère de Dieu. Tout privilège, en effet, peut se retourner contre la personne qui en est gratifiée si la vertu fondamentale d’humilité ne fait pas office de régulateur. Marie Thérèse Vauzou a rempli son rôle avec la haute conscience de sa responsabilité, avec son tempérament comme aussi avec l’esprit et les méthodes de son temps. Il suffit de voir l’attachement et les marques de confiance qui lui furent prodiguées pendant les dix huit années où elle exerça la charge de Supérieure Générale, et sans doute, plus encore, les huit années de retraite qui suivirent à Lourdes où elle a voulu être inhumée » (3)

L’étude la plus solide, quasi-officielle, sur les relations spirituelles entre Bernadette Soubirous et Marie Thérèse Vauzou est incontestablement l’ouvrage intitulé « Bernadette vous parle » de l’abbé René Laurentin qui s’est appuyé sur tous les témoignages et documents qui ont servi à la béatification et à la canonisation de Bernadette Soubirous le 8 décembre 1933.

Que l’on soit croyant ou non, ces deux destins qui se sont croisés sur le chemin de la spiritualité au XIXème siècle font partie de notre histoire contemporaine. La médiatisation du passage du pape à Lourdes à l'occasion de la fête de l'Assomption le 15 août dernier est là pour en témoigner.

(1) Enquête de Marcel Vauzou en 1958 et de Daniel Fender en 1988 pour la biographie de Marie Thérèse Vauzou grâce à la sœur archiviste du couvent St Gildard de Nevers.

(2) « Il suffit d’aimer » de Gilbert Cesbron et du film qui s’en est inspiré dans les années 1950. Le dernier film de Jean Delannoy date de 1988.

(3) Décédée en 1907. Extrait du texte de Mgr Marcel Meyssignac dans la revue « Le Petit Collongeois 1989 » Photo: carte postale des années 1900 représentant la maison natale de Marie Thérèse Vauzou à Beauregard, à Collonges.